Au lecteur [Album Version]
[00:16.26] La sottise, l'erreur, le péché, la lésine
[00:19.72] Occupent nos esprits et travaillent nos corps
[00:23.69] Et nous alimentons nos aimables remords
[00:26.08] Comme les mendiants nourrissent leur vermine
[00:32.30] Nos péchés sont têtus, nos repentirs sont lâches ;
[00:35.75] Nous nous faisons payer grassement nos aveux
[00:38.68] Et nous rentrons gaiement dans le chemin bourbeux
[00:41.34] Croyant par de vils pleurs laver toutes nos taches
[00:48.24] Sur l’oreiller du mal c'est Satan Trismégiste
[00:51.97] Qui berce longuement notre esprit enchanté
[00:56.21] Et le riche métal de notre volonté
[00:58.60] Est tout vaporisé par ce savant chimiste
[01:04.44] C'est le Diable qui tient les fils qui nous remuent !
[01:07.90] Aux objets répugnants nous trouvons des appas ;
[01:11.35] Chaque jour vers l’Enfer nous descendons d'un pas
[01:14.00] Sans horreur, à travers des ténèbres qui puent
[01:20.12] Ainsi qu'un débauché pauvre qui baise et mange
[01:23.16] Le sein martyrisé d'une antique catin
[01:26.21] Nous volons au passage un plaisir clandestin
[01:28.60] Que nous pressons bien fort comme
[01:30.29] Une vieille orange
[01:36.14] Serré, fourmillant, comme un million d'helminthes
[01:39.59] Dans nos cerveaux ribote un peuple de Démons
[01:43.04] Et, quand nous respirons, la Mort dans nos poumons
[01:45.43] Descend, fleuve invisible, avec de sourdes plaintes
[01:52.34] Si le viol, le poison, le poignard, l'incendie
[01:55.25] N'ont pas encore brodé de leurs plaisants dessins
[01:57.91] Le canevas banal de nos piteux destins
[02:00.84] C'est que notre âme, hélas ! n’est pas assez hardie
[02:08.27] Mais parmi les chacals, les panthères, les lices
[02:11.47] Les singes, les scorpions, les vautours, les serpents
[02:14.91] Les monstres glapissants, hurlants, grognants
[02:17.43] Rampants
[02:19.02] Dans la ménagerie infâme de nos vices
[02:24.34] II en est un plus laid, plus méchant, plus immonde !
[02:27.79] Quoiqu’il ne pousse ni grands gestes ni grands cris
[02:30.81] Il ferait volontiers de la terre un débris
[02:33.74] Et dans un bâillement avalerait le monde ;
[02:36.66] C'est l’Ennui ! L’œil chargé d'un pleur involontaire
[02:51.13] II rêve d'échafauds en fumant son houka
[02:54.32] Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat
[02:57.00] - Hypocrite lecteur, - mon semblable, - mon frère !
